Toulouse
Culture
Par Crouzet Thierry
Publié le 08/11/2020 à 18:00

Charles de Gaulle en Occitanie

A l’occasion de la commémoration du cinquantenaire anniversaire de la disparition du général Charles de Gaulle, viàOccitanie a produit ce documentaire inédit de 15 minutes : Charles de Gaulle en Occitanie.

Du Général De Gaulle on retient généralement des éléments bien éloignés de chez nous. De Gaulle n’est pas d’ici, c’est un Lillois de Paris, un militaire qui a fait tout le début de sa carrière dans le Nord et l’Est. Il est profondément marqué par ces terres qui ont été au fil des siècles les grands champs de bataille de la France. Plus tard pendant la seconde guerre mondiale il est l’Homme de Londres, puis à Alger.

De Gaulle et notre région. C’est une relation particulière, complexe.

Notre région il ne la découvre qu’en septembre 1944, après la Libération de Toulouse.

Cependant, l’œuvre du Général De Gaulle a profondément marqué notre région, jusque dans ses paysages puisque c’est de sa volonté d’aménager le territoire, de transformer le littoral languedocien, que notre région est aujourd’hui ce qu’elle est : un leader européen du tourisme.

Mais d’une façon moins visible, c’est aussi lui qui est au cœur du développement de l’industrie aéronautique à Toulouse. Le film insiste sur ce point moins communément admis, mais qui est nécessaire pour mieux connaître notre région et comprendre la nature de la pensée gaulliste.

En 1944 l’industrie aéronautique est dans un piètre état, les bombardements alliés en sont la cause mais surtout l’absence de développement voulue par la collaboration et l’occupant allemand. A l’issue de la guerre l’outil industriel est totalement dépassé et d’un point de vue purement économique c’est folie que d’y engloutir les milliards que l’Etat a investi ici. Mais c’est ce geste politique, c’est cette main visible de l’Etat qui fait que Toulouse, notre région et la France disposeront du premier constructeur aéronautique mondial. D’un autre point de vue, c’est aussi ici et à ce même moment, que le cœur de la pensée gaulliste connaît une première application pratique. Les Accords de Toulouse sont signés entre patrons et salariés de l’aéronautique dans un grand élan d’union nationale, sous le double patronage du cardinal Salliège et du commissaire de la république Bertaux. Ces accords, qui instituent un partenariat entre ouvriers et patrons, procèdent de la philosophie gaulliste et du programme du Conseil National de la Résistance. C’est le retrait des partis derrière l’unité nationale, le refus de la division des classes sociales et la communion des individus dans l’action pour une cause commune : c’est la participation. Cette pensée qui renvoie dos à dos le communisme et le capitalisme guidera sa politique jusqu’à la fin. Quelque part, c’est dans notre région que cette idée de participation a existé, le temps d’une période euphorique après les années les plus noires que nous ayons connues.

Mais les années de Gaulle en Occitanie c’est aussi le lancement de l’industrie nucléaire dans le Gard à Marcoule et les débuts de l’énergie solaire dans les Pyrénées-Orientales… Aéronautique, tourisme, nucléaire, énergies renouvelables : notre région accède au premier plan au cours de cette période.

Ce film est construit avec un matériau préexistant : les archives filmées, pour les actualités cinéma et ensuite par l’ORTF. Au fil du travail de recherche et d’écoute, ce qui est apparu c’est la modernité des propos. En particulier le discours qu’il fait en 1959 à l’Université de Toulouse au cours duquel il enjoint les scientifiques à être conduits par « ce qui est beau et ce qui est bon ». Bien loin d’une science sans conscience.

On a en tête à propos de De Gaulle la rigueur, le sens de l’honneur, l’attachement viscéral à la patrie. Ce qui laisse songeur c’est, au-delà de la modernité de son propos, constater comment nous sommes passés à côté, comment notre pays n’a pas su prendre son destin en mains. De Gaulle, en juin 1968 avait déclaré que le plus grand révolutionnaire c’était lui… Cette idée de participation et sa volonté de régionaliser le pays en sont la démonstration. C’est sur cette question que son destin s’est interrompu… Il a perdu ce dernier référendum et ceux qui lui ont succédé, et singulièrement ceux qui étaient censés constituer « son armée » ont renoncé, ont détricoté son œuvre et dénaturé sa pensée.  S’intéresser à de Gaulle permet de s’approcher de la complexité du monde, comprendre qu’il ne peut être binaire, noir ou blanc, gauche ou droite.


Une production viàOccitanie en partenariat avec La Région Occitanie / Pyrénées-Méditerranée

Auteur et Réalisateur : Vincent Barthe

Monteur : Sébastien Mougeolle

Chargée de production : Julie Lassée

Comédien voix : Henri Cohen

Directeur éditorial : Thierry Crouzet