Junas
Culture
Par Alice Rolland
Publié le 16/07/2019 à 10:31

[INTERVIEW] Ballaké Sissoko, le maître des cordes à Jazz à Junas

Musicien aussi discret que prodige, Ballaké Sissoko fait vibrer avec une sensibilité unique les 21 cordes de sa kora, son instrument fétiche, en digne héritier d’une tradition mandingue ancestrale. Un dialogue sans frontières qu’il puise dans le Mali de ses racines. Rencontre avant son concert du 20 juillet à Jazz à Junas.

Vous venez d’une famille de « djélis », des griots de la culture mandingue : était-ce naturel pour vous de faire perdurer cette tradition ? 

Oui très naturel, mon père étant griot. Cela se transmet de père en fils. 

Votre père, Djelimady Sissoko, était un maître incontesté de la kora, et pourtant ce n’est pas lui qui vous a appris à jouer. 

Mon père m’a transmis son savoir, car je passais beaucoup de temps à l’écouter et le regarder jouer. C’est comme cela que j’ai eu envie d’apprendre. J’ai beaucoup appris en écoutant mon père puis je me suis mis à jouer en cachette, jusqu’au jour où il a commencé à m’apprendre vraiment. 

À 13 ans, vous intégrez l’ensemble instrumental national du Mali, cela marque le début de votre carrière.
C’était une grande aventure et une grande responsabilité, c’était aussi beaucoup de liberté. 

 

 

Qu’est-ce qui a plu au public européen dans le répertoire et les sonorités de la kora ?
Le public européen est très curieux et adore découvrir de nouvelles choses. C’est pour ça qu’il est fasciné par la kora, qui lui rappelle la harpe tout en montrant une autre culture complètement différente. 

Vous êtes apprécié pour la virtuosité de votre jeu, considéré comme innovant : quel est votre rapport à la tradition ?
Je puise mon inspiration dans la tradition et j’aime la mélanger et la confronter à d’autres sonorités ou d’autres cultures pour en faire autre chose, qui vient des profondeurs de mon être. 

Avez-vous l’impression d’être un ambassadeur de la culture mandingue, voire même de l’Afrique?
Oui je crois qu’à travers mes voyages dans le monde, je deviens automatiquement ambassadeur de cette culture. 

La rencontre avec Vincent Ségal a été décisive dans votre reconnaissance internationale. Peut-on dire que ce duo au long cours est une conversation sans fin ? 

Oui tout à fait. Ma profonde amitié avec Vincent et le plaisir que nous avons tou- jours de jouer ensemble me fait penser que nous aurons toujours à converser en musique ! 

Outre Vincent Ségal, vous avez collaboré avec de nombreux artistes : Toumani Diabaté, Ludovic Einaudi, Vincent Peirani, Taj Mahal... et même Sting ! Comment choisissez-vous ces collaborations ? 

Beaucoup de choses arrivent grâce aux voyages, aux rencontres et aux concerts. C’est ainsi que l’on rencontre d’autres musiciens, que des liens d’amitiés se créent. Et donnent naissance à des projets. 

 

 

Quelle est la part de l’improvisation dans votre jeu de koriste ? 

J’adore improviser autour d’un thème donné, c’est ça qui fait le piment de la musique et du concert pour moi. 

Est-ce que le métissage musical est une manière de faire tomber les barrières, une quête de paix, vous qui avez intitulé votre album solo «At peace» en 2012 ? 

Complètement, la musique est une langue commune à tous les peuples et elle montre qu’on peut toujours se comprendre par l’écoute et le respect de l’autre. 

Parlez-moi du projet 3MA avec Driss El Maloumi et Rajery, une création panafricaine entre le Mali, le Maroc et Madagascar, presque une utopie ? 

3MA c’est au départ une rencontre en vue d’une création unique. Mais une fois encore les liens de l’amitié et le plaisir du jeu ont permis au projet de se développer sur plus de 10 ans avec la sortie récente du 2e album Anarouz et de nombreux concerts de par le monde. 

Aujourd’hui est-ce que la transmission est importante pour vous ?
Oui bien sûr, je travaille d’ailleurs avec un groupe de jeunes musiciens au Mali et nous avons constitué un orchestre de koras. Un enregistrement est d’ailleurs prévu pour bientôt. 

Retournez-vous souvent à Bamako ? 

Bamako c’est chez moi et j’adore y être aussi souvent que possible. C’est surtout important pour me reposer et y retrouver mes amis et une partie de ma famille. C’est bien sûr une source d’inspiration au même titre que mes autres voyages dans le monde. 

Aimez-vous la mer ? 

J’aime bien regarder la mer c’est très apaisant et très inspirant également. 

En concert avec le trio Chemirani dans le cadre de Jazz à Junas. Le 20 juillet à 21h aux Carrières de Junas. De 24€ à 28€. Rens. : 04 66 80 30 27. www.jazzajunas.fr