Saint-Gilles
Traditions
Par Chay Christophe
Publié le 06/12/2019 à 17:40

L'avenir des éleveurs de taureaux menacé à cause du prix des assurances

La France compte 160 manades réparties entre le Gard, l’Hérault et les Bouches-du-Rhône. A travers les élevages de taureaux Camargue, c’est tout un territoire et un patrimoine écologique que les manadiers préservent à travers leur activité répartie entre les courses camarguaises et autres lâchers de taureaux dans les rues. Une dernière activité qui peut générer des accidents, du fait de la volonté du public de faire s’échapper les taureaux du groupe de chevaux qui les encadrent.


Un récent accident dans l’Hérault a mis le feu aux poudres : un spectateur se trouvant sur le parcours pour faire s’échapper un taureau a reçu un coup de sabot de cheval et s’est retrouvé dans le comas, occasionnant un versement de provision de 1,6 million d’euros, pour des soins finalement estimés à 400.000 euros. Un événement qui a convaincu l’une des principales assurances des manadiers à multiplier par 7 le tarif de ses cotisations. Une flambée des prix qui s’est répandue auprès de trois autres groupes d’assureurs et qui met clairement en péril l’avenir des activités des manadiers. Aujourd’hui, le tarif global annuel pour l’assurance de deux manades est estimé à 10.000 euros.


A la différence de l’Espagne où le spectateur des « taureaux de rue » est protégé par l’assurance de l’organisateur, la France continue d’être régie par la responsabilité du propriétaire de l’animal, édictée par trois articles du Code civil, dont le numéro 1385, promulgué dans le cadre de la loi du 19 février 1804, sous Napoléon Bonaparte, durant le Consulat de la Ie République : « Le propriétaire d’un animal, ou celui qui s’en sert, pendant qu’il est à son usage, est responsable du dommage que l’animal a causé, soit que l’animal fût sous sa garde, soit qu’il fût égaré ou échappé ». Aujourd’hui, les manadiers ont entamé des discussions avec les compagnies d’assurances pour trouver une issue ainsi que des dialogues avec deux parlementaires d’Occitanie  - Patrick Vignal et Olivier Gaillard - afin de faire amender ces articles vieux de plus de deux siècles.


C’est donc un travail à deux niveaux qui a été initié par la Fédération des manadiers, qui sera reçue le 18 décembre prochain en préfecture du Gard afin de poser les bases d’une future réglementation taurine pour les fêtes votives. Cette impasse s’explique également par le fait que l’une des compagnies d’assurances gérait la moitié des manades ainsi que 60% des manifestations taurines dans le Gard. Une situation de monopole qui a généré des déséquilibres financiers pouvant expliquer cette marche arrière des compagnies d’assurances. La principale n’a pas souhaité communiquer sur le sujet.


Arrière-petit-fils du Marquis de Baroncelli, considéré comme le père de la culture camarguaise et qui a fondé les bases de l’élevage du taureau Camargue et du cheval associé, Béranger Aubanel s’implique au quotidien au côté de Florent Lupi pour que la voix des manadiers soit entendue face au mur administratif qui pourrait mettre en péril ces 160 exploitations agricoles, réparties entre l’Occitanie et la Provence, sur des territoires protégés.